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Un drame un
des plus beau site et surtout une mémoire
inestimable
vient de disparaître des les flammes d'un
incendie
25.01.2005
BANDJOUN: LES DESSOUS DE L’INCENDIE
La
grande case communautaire, l’ancien musée,
des cases rituelles et une partie de la
maison d’habitation du défunt chef Ngnie
Kamga ont été complètement détruits par les
feux. Un notable aurait succombé après avoir
appris la nouvelle. Les causes de ce
sinistre restent mystérieuses…
“Bandjoun est fini ! ”. C’est en ces termes
chargés de consternation et de pleurs que
s’écriait tout visiteur à son arrivée, au
bout du petit matin du 20 janvier, à la
chefferie Bandjoun, ayant subi l’assaut des
flammes. Jeudi matin, jusqu’à 10 heures, les
habitants se battaient encore, bidon ou
bouteille d’eau en main, pour stopper les
dernières ardeurs des flammèches. A cette
heure-là, l’on comptait déjà d’importants
dégâts matériels, au rang desquels la grande
case communautaire, symbole même de cette
chefferie, des cases traditionnelles
rituelles et le bâtiment de l’ancien musée
qui contenait des masques séculaires, des
archives, des peaux précieuses, les trônes
des anciens chefs et autres costumes
traditionnels. Cet ancien musée jouxtait la
case d’habitation de l’ex-chef défunt Ngnié
Kamga dont une partie de son aile gauche a
également été détruite par les feux.
D’après les témoignages concordants
recueillis sur place, l’incendie a débuté
entre 1 et 2h du matin. Un premier foyer
aurait d’abord été identifié à l’une des
entrées de la chefferie ; un second dans la
case communautaire et le musée. “Lorsqu’on a
été alerté sur les coups de 3 heures du
matin, on croyait peut-être à un canular
mais, le ciel était tout rouge. On s’est
précipité sur les lieux et on a buté sur une
première cible de l’incendie qui était une
des guérites de la chefferie. Les premiers
secours devaient consister à éteindre
d’abord ce feu. Descendus à la chefferie, la
grande case était en flammes. Toutes les
personnes qui arrivaient ne pouvaient que
fondre en larmes. La population était
inerte, vraiment impuissante devant
l’évènement ” (sic), raconte le notable
Gabriel Marie Simo, qui comptait parmi les
premières personnes arrivées sur les lieux.
Déploiement de sauvetage. Sur le champ,
elles se sont organisées pour arrêter les
flammes. Mais, la grande case était déjà
fortement en braise. Elles se sont alors
lancées du côté de l’ancien musée où se
trouvaient la réserve et surtout les
archives qui dataient des années 1500, pour
sauver ce qui pouvait l’être. Quelques rares
objets, légèrement touchés par les flammes,
ont été récupérés et étalés sur la cour du
chef en poste, tout comme certains meubles
de l’ancien palais royal dont l’aile gauche
a été victime des flammes. “ En ce qui
concerne les cases des associations secrètes
traditionnelles, aucune n’a brûlé.
Cependant, toutes les cases
institutionnelles, relevant des multiples
étapes mystiques et rituelles, ont été
effectivement mises à feu. Le grenier du
chef, grenier traditionnel, qui conservait
tous les grains, tout ce qu’il y avait comme
vivres, est en feu, en cendres. Et les cases
de derrière, dont celle où le nouveau chef
recevait les gens pendant son initiation,
ont aussi été brûlées”, révèle le notable.
Malgré l’ampleur des flammes, les habitants
de Bandjoun font preuve de plus de bravoure
que les éléments des forces de maintien de
l’ordre de Bandjoun, renforcées par celles
de Bafoussam, à quelques kilomètres de là.
Juchés sur leurs véhicules, à quelques
mètres de la chefferie, les flics n’ont pas
été utiles sur les lieux du sinistre. Les
dégâts auraient été moins importants si la
province de l’Ouest tenait d’une unité
spéciale de sapeurs pompiers aguerris.
Agissant en entreprise privée, les pompiers
de l’aéroport de Bamougoum ne sont arrivés
sur les lieux que près de 3 heures après le
début de l’incendie, après, dit-on, une
instruction ferme du gouverneur de la
province de l’Ouest. En dépit de cela, les
éléments du commandant Joseph Abaté ont
réussi tout de même à amortir le feu qui ne
cessait de s’étendre. Un pan du nouveau
musée a ainsi été attaqué par le feu.
Mystère. La gendarmerie, qui a ouvert une
enquête, devra déterminer l’origine du
sinistre. Le gouverneur Ahmadou Tidjani et
ses collaborateurs sont descendus pour
constater les dégâts vers 11 heures. Avant
lui, le maire de Pète-Bandjoun, Victor Fotso,
est arrivé devant la grande case consumée,
accueilli par les cris de deuil des milliers
d’hommes et de femmes qui avaient pris
d’assaut le lieu. Le chef supérieur des
Baleng, Tela Nembot quittait alors les
lieux, après s’être longuement entretenu
avec son filleul, Honoré Djomo Kamga,
l’actuel chef des Bandjoun, cloîtré dans son
palais où il recevait des hautes
personnalités, sauf la presse. Pour l’heure,
le mystère reste entier sur l’origine de ce
terrible incendie, le deuxième que connaît
cette chefferie ; le premier remontant à
1959. L’on parle beaucoup plus d’une “ main
criminelle ”, en rappelant les disputes qui
ont secoué cette chefferie depuis la mort du
chef Ngnie Kamga. Le coup aura donc été
minutieusement monté, quelques semaines
après des actes de cambriolage qu’avait
subis le musée de cette chefferie. Depuis
jeudi, la chefferie Bandjoun est devenue un
lieu de pèlerinage d’un autre genre.
De nombreux Camerounais prennent le chemin
de Hiala pour se rendre compte, de visu, des
ravages causés par cet incendie. Chaque fils
de Bandjoun essaie ensuite de verser sa
goutte d’eau sur les cendres, question
d’éviter une quelconque “ malédiction ”. Sur
les lieux, on n’a cessé d’implorer le ciel
pour qu’il punisse le ou les Responsable(s)
de cet acte “ criminel ”, tant les dommages
sont d’une portée inestimable. La perte la
plus importante étant cette grande case
communautaire, construite une année durant
par tous les fils et filles de ce village.
C’était le centre, le cœur des Todjom, la
sueur de leur front. Coutumièrement appelée
“ Neme ”, c’était le lieu où s’organisait la
vie de Bandjoun et se prenaient toutes les
décisions. Inaugurée en 2001, elle incarnait
la beauté et faisait de Bandjoun l’un des
sites touristiques les plus huppés de
l’Ouest. C’est dans cette ambiance que l’on
a appris qu’un notable, dont le nom n’a pas
été communiqué, aurait succombé, suite à un
évanouissement, après avoir appris que cette
case était en feu. Son ”totem”, dit-on, s’y
trouvait. D’après certaines informations non
recoupées, le chef Djomo Kamga aurait tenté
de se suicider…
M. Kisito NGALAMOU
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