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L'Arbre
Assassiné
Écoutez...!
Écoutez la vivre, écoutez comme elle respire, la grande Forêt.
Aux cimes qui frôlent les cieux, où l'arbre naît, croît et
prospère.
Dans la féconde et fauve terre; écoutez donc
battre son cœur, et charmez-vous de ses couleurs, de ses
senteurs, de sa lumière, de ses fougères géantes
Odeurs sucrées, terre vivante dans le
bourdonnement des insectes.
Dans les hautes profondeurs, le cri déchirant du
fracas, de la coupe, de la mort…
Naissance de l’homme a-t-on dit un jour, oui,
c'est cela, monde multicolore.
Afrique aux rêves brûlés par les rayons du
soleil. Traits de fumées perdues dans le ciel des mouvances
végétales. Harmonie ! Tout s'entrecroise et s'ordonne en une
légère symphonie tropicale sous le clair-obscur.
Cependant que le soleil bute contre les cimes
d'arbres en arbres, de feuilles en feuilles, jusqu’à toucher la
chaude décomposition du sol, sentez cette odeur de terre humide.
L’arbre est tombé.
Traîné l’un contre l’autre dans un fracas
imprévu.
Sous le bruit faisant barrage, au travers des
rivières glissées de l'intérieur, au coeur du continent chaud,
qui rend les hommes étranges, les laissent inconnus à eux-mêmes
sur le bord du monde, après des mois de navigation fluviale, de
portages gluants, de luttes incertaines dans la rumeur des
rapides, de ces marches insensées que l'on arrache à chaque pas,
Il passe et jamais ne s'écorche. Il descend se laisse porté
vers le centre paisible du cours d'eau étranglé, d'énergie
rapides, bouillons d’écumes.. Dans un long frôlement sur les
mangroves, il remonte les fleuves nourriciers. La grande forêt,
pourtant formidable et grandiose, superbe reine aux feuillages,
ne parvient elle non plus à le retenir dans sa folie végétale et
sensuelle .Pour finir sa course dans un port au milieu des cris,
des cargos. Cet arbre baigné de moiteur tropicale finira errant
sur un quai, avant de rejoindre l’artiste.
Karen 2000
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