Quand j’ai
pénétré cet endroit
pour la toute
première fois,
c’était avec lui.
J’ai senti l’encre
fraîche couchée sur
du papier…l’odeur de
la cigarette au coin
de la lèvre de
Sartre, j’y ai
entendu les notes de
musique de Boris
Vian, et même si
cette odeur n’était
que dans mon
imaginaire, j’ai
envie d'y croire,
qu’elle époque riche
en culture!…Nous
nous sommes assis,
pour savourer un
thé. J’ai choisi un
Darling, j’adore ce
thé des Indes….
cultivé sur les
contreforts de
l’Himalaya. Lui a
choisi un thé fumé lapsang souchong, je
lui déconseillais,
mais il insista…..je
souriais
intérieurement, je
savais qu’il
n’aimerait pas. A
peine eut-il trempé
ses lèvres, que je
vis, son visage se
crisper. Nous avons
partagé le mien… je
garde un bon
souvenir de ce
moment, dans ce lieu
chargé de culture…
Chaque endroits,
chaque souvenirs,
effleure ma peau,
égratigne mon cœur,
à jamais.

Juste
un petit peu
d’histoire….
Ce haut lieu des
Arts existe, depuis
la 3eme République
(1887), Flore
pourquoi Flore me
direz vous, et bien
juste parce qu’en
face du café trônait
une petite statue
d’une divinité
appelé Flore
A la fin du 19eme
siècle Charles
Maurras écrit son
livre dans ce café
"sous le signe de
flore"
Dans les années 30,
c'est au tour des
littérateurs
d'accourir au Flore.
Léon Paul Fargue y
passe une heure ou
deux chaque jour,
Raymond Queneau s'y
entretient avec
Michel Leiris.
Les éditeurs y
installent leurs
postes d'observation
: Bernard Grasset,
Robert Denoël,
Eugène et Charles
Fasquelle.
Des rescapés de
Montparnasse y
séjournent
volontiers, comme
Derain, les frères
Giacometti, ou
encore Picasso.
Les cinéastes
adoptent le Flore :
Marcel Carné, Yves
Allégret côtoient
des acteurs tels que
Serge Reggiani, Jean
Vilar,Montant,
Signoret.
La "bande à Prévert"
investit les lieux,
Jacques Prévert,
Pierre Prévert,
Jean-Louis Barrault,
Raymond Bussières,
Roger Blin, Paul
Frankeur, Yves
Deniaud, Maurice
Baquet, et le petit
Mouloudji…
Pendant la guerre,
Le gros poêle
installé au milieu
de la salle est une
invitation aux
longues permanences,
les écrivains ne se
privent pas d'en
profiter. Simone de
Beauvoir sera
d'ailleurs une des
premières à
l'adopter, Jean-Paul
Sartre aussi.
Autre détail
d'importance, sous
l'occupation, on ne
rencontrait pas
d'allemands au
Flore. Sartre
invente la
philosophie "
existentialiste ".
Il affirme : " les
chemins du Flore ont
été durant quatre
ans, pour moi, Les
Chemins de la
liberté… ".
Simone Signoret
écrira dans ses
mémoires : " Je suis
née un soir de mars
1941 sur une
banquette du Café de
Flore ".
3eme bande après la
bande à Prevert et
la famille Sartre le
"groupe communiste"
avec en tête
Marguerite Duras,
Roger Vailland,
Daquin etc...
Apres la guerre et
juste que dans les
années 60
l'existentialisme
s'incarne en une
jeunesse ivre de
liberté, Juliette
Gréco, Boris
Vian…s’y installent.
Ernest Hemingway,
Truman Capote,
Lawrence Durrell
sont des fidèles, Le
patron saluait à
midi les amis
surréalistes d'André
Breton, et le soir
Albert Camus.
Albert Vidalie et
Antoine Blondin
engageaient de
mémorables batailles
d'œufs durs ( ou
frais ) qui
éclaboussaient
tantôt les frères
Prévert et leurs
amis du groupe
Octobre, parfois
Artaud ou Vian.
Daniel Gélin et
Danielle Delorme
sont jeunes et
beaux. Dans les
années 60 tout le
monde du cinema s’empart
des lieux Christian
Vadim, Jane Fonda,
Jane Seberg, Roman
Polanski, Marcel
Carné. Brigitte
Bardot, Alain Delon,
Losey et Belmondo.
Léo Ferré, quand à
lui, n'y entre
jamais sans Pépé, sa
guenon, sur
l'épaule.
L'intelligentsia de
l'époque, ceux déjà
célèbres ou pas
encore sont dans la
salle: Alain
Robbe-Grillet,
Michel Butor,
Sollers, Sagan,
Roland Barthes,
Nathalie Sarraute,
Romain Gary…et la
liste n’est pas
exhaustive mais je
n’en finirai pas……
Des années 80 à
Aujourd'hui
Saint-Germain des
Prés est devenu le
village de France le
plus connu dans le
monde ! Les fantômes
de ceux qui l'ont
fréquenté, les
visages connus ou
pas de ceux qui le
fréquentent en font
un endroit chargé
d'un riche passé.
Souvent
Bernard-Henri Lévy
déjeune à la même
table, celle à
droite sous la
pendule, Arielle
Dombasle, sa femme,
le rejoint ou
accompagne sa
grand-mère pour un
thé plus tard dans
la journée.
Chaque année, Lauren
Bacall séjourne
quelques mois à
Paris, à
Saint-Germain des
Prés, et passe de
longs moments au
Flore, elle a cette
présence unique de
grande dame, sublime
et discrète.
Mais le Flore est
avant tout un café
littéraire où les
auteurs d'hier et
d'aujourd'hui se
réunissent: François
Nourrissier, Pierre
Bourgeade, Jean
d'Ormesson, Jorge
Semprun, Tahar Ben
Jelloun sont des
fidèles.
Peu après la sortie
de "l'Alchimiste",
Paulo Coelho se
montre au Flore et y
passe la majorité de
ses après-midi
parisiennes. Johnny
Depp n'a pas
d'heures: tôt le
matin, en plein
après-midi, ou tard
le soir. Au
printemps Isabella
Rosselini se
prélasse en
terrasse, Jack
Nickolson, cigare en
bouche, profite des
premiers rayons du
soleil…quand il est
de passage à Paris..
et je n'en finirai
pas si je devais
conter toutes ses
gens qui marque le
passage